Atlas doctrinal économique
Cartographie de la pensée économique en douze dimensions
Situer un raisonnement économique dans un espace de dimensions explicites, plutôt que lui coller une étiquette.
- 19écoles
- 57économistes
- 12dimensions
La question
Beaucoup de tests de positionnement économique fonctionnent de la même façon : chaque réponse rapporte des points à une étiquette. Répondre « oui » à une question sur la dette rapporte des points « keynésien », et l’étiquette qui totalise le plus l’emporte. Le résultat ressemble à une mesure, alors que les écoles étaient déjà inscrites dans les questions avant d’apparaître dans les réponses.
Deux confusions s’y ajoutent. On mélange ce qu’on croit vrai du fonctionnement d’une économie et ce qu’on juge souhaitable : penser que la monnaie n’est pas neutre à court terme relève du diagnostic, et non d’une préférence politique. On traite aussi une école comme un point, alors qu’elle occupe une région où Menger, Mises et Hayek ne se confondent pas.
L’Atlas procède dans l’autre sens. Il situe d’abord le répondant sur des dimensions, et ne le compare aux écoles qu’une fois sa position établie.
La méthode
Douze dimensions, fixées avant toute réponse, forment deux espaces tenus séparés. L’espace analytique en compte huit : individualisme méthodologique, valeur subjective et marginale, connaissance dispersée, orientation vers l’équilibre, incertitude fondamentale, non-neutralité de la monnaie, centralité de la demande agrégée et rôle causal des institutions. L’espace normatif en compte quatre : périmètre économique de l’État, règles contre discrétion, priorité redistributive et contraintes biophysiques.
Chaque question ne porte que sur une ou quelques dimensions, et seules les réponses informatives comptent : « je ne sais pas » ou « cela dépend » n’inventent aucune position. Vingt questions sont posées à tous. Les écoles interviennent ensuite pour choisir la question suivante, celle qui départage le mieux les profils encore plausibles, mais le score du répondant ne doit rien à leurs étiquettes. Le questionnaire peut s’arrêter après vingt-cinq réponses informatives si la position est assez nette, et jamais au-delà de trente-cinq.
La position obtenue est enfin comparée à dix-neuf écoles et à cinquante-sept économistes, dans chaque espace puis globalement. Le nombre affiché mesure une proximité, sur une échelle de 0 à 100, et ne se lit pas comme une probabilité d’appartenance. Chaque école dispose d’une tolérance propre sur chaque dimension, ce qui en fait une région. Comme le calcul se fait entièrement dans le navigateur, aucune réponse ne quitte l’ordinateur du répondant.
Où ça en est
L’Atlas est un prototype non validé, et il l’affiche sur chaque page. Les positions des écoles et des économistes ont été codées une première fois par l’auteur. Elles attendent le double codage indépendant, l’arbitrage des désaccords et la revue externe prévus par le plan de validation.
Les vérifications faites portent sur la cohérence interne. Les dix-neuf profils types d’écoles, simulés, se reclassent tous correctement ; avec du bruit ajouté, la bonne école sort en tête dans 88,7 % des cas et parmi les trois premières dans 99,5 %. Les confusions les plus fréquentes rapprochent des courants réellement voisins, comme la MMT et le post-keynésianisme ou Chicago et le monétarisme, et les profils n’ont pas été retouchés pour améliorer ces chiffres.
Limites assumées
Cet audit simule des réponses à partir du même espace doctrinal que celui qui les classe. Il repère des erreurs de programmation sans rien valider de l’extérieur. Rien ne démontre encore que les douze dimensions sont indépendantes, et la distance retenue reste un point de départ, à comparer avec d’autres façons de mesurer l’écart entre deux profils.
Le corpus est plus fourni sur les traditions européennes et nord-américaines, et le registre des candidats documente les lacunes plutôt que de les taire. La carte en deux dimensions proposée pour se repérer simplifie enfin l’espace complet, dans lequel se font tous les calculs.